mardi 13 novembre 2007

Segundo dia

Un déjeuner de type Magnana

Vous le savez, j’avais hâte de déjeuner parce qu’il y aurait des œufs au deuxième matin selon leur fameux principe de l’alternance. Bien non…on m’a fait glissé sur une pelure de banane que j’ai finalement mangée avec mes céréales qui, elles, étaient de même nature que la veille : le bol est rempli et est devant toi, tu le prends ou non. Le choix de céréales est inexistant. Je n’ai pas demandé à nouveau si je pouvais avoir des œufs. J’ai compris que c’était toujours un déjeuner de type «Magnana», c’est-à-dire «Oui demain les œufs».

Après avoir échangé avec la dame architecte tawainaise de Sidney, Australie --- ça commence à faire salade de fruits--- avoir échangé donc et comparer les métros de Buenos Aires, Londres, Paris, Montréal, je pris mon billet et quittai le gîte à la recherche d’un «departemento temporio», un appartement temporaire. J’ai laissé mon sac à dos pesant deux tonnes en consigne là.


À la recherche du departemento temporio


J’avais déjà vu un tel apart sur Internet ; centro i.e. central à 155 $ Cd par semaine. Ne le dites pas trop fort parce qu’il y a une maudite gang de québécois qui vont vouloir venir y vivre et je n’ai vraiment pas assez de place ici pour tout ce monde.


Je commence à fureter tout autour et vla-t-y pas que je retrouve mon annonce Internet sur un immeuble.
Je me présente au bureau. Deux jeunes jolies dames réceptionnistes (elles sont vraiment toutes belles et minces --- je vous dirai pourquoi plus tard) m’accueillent.

- Moi : « Quanto cuesta departemento temporio una semana ? »


- Elles : « Tres centes…»


- Moi : « Pesos ? o Dolares ? »


- Elles : « Dolares…»


Ouen… ça marchait pas mon affaire. Je prend mon courage à deux mains pour m’expliquer mais en anglais cette fois-là. Essayez vous autres d’expliquer en espagnol que tu as vu sur Internet dans un passé récent chez la même maudite compagnie un apart à 155 $ par semaine qui était libre et qui était central… Enwoueyez… essayez… vous allez voir…


- Moi : « Internet ? uno departemento one hundred and fifty five dolares una semana ? ».

Juste les maudits chiffres… pas faciles… Oui…oui c’est facile quand tu les lis dans un livre ou sur Internet, mais dis-le les chiffres là là devant eux autres et ARRANGE-TOI POUR QU’ELLES COMPRENNENT AUSSI.

Elles ne comprenaient même pas le mot departemento quand je le disais et pourtant il fait partie de leur raison sociale.
Aller voir leur site et l'appartement que je convoitais à : http://www.deptostemporarios.com/frmDepartamento.asp?idPropiedad=80

Elles me pointent finalement sur Internet le fameux apart à 155 $.

- Moi : « Si ! Si ! »

Je vous dis que je parle et que je réponds vite quand ça fait mon affaire…


- Elles : « No… Estudiante…»


- Moi : « Que ? Por Que ? Soy estudiante…»

J’essayais de leur faire accroire que j’étais étudiant avec mon chapeau Safari qui vient d’Afrique du sud, ma veste et mon sac indien de France. Il me manquait juste les bagues de Liberace.


Elles vérifient la disponibilité de l’apart; ça va pour une semaine. Mais elles ne sont pas d’accord avec mon choix. Elles me disent qu’il n’y a qu’un seul lit simple. Je leur réponds « Perfecto »… Enfin j’aurai une bonne excuse à donner aux femmes qui aiment Liberace… ou Crocodile Ti-Guy …oups Dondee je disais . Elles ont d’autres aparts bien mieux pour 300 $, me disent-elles. Un gars arrive. Elles leui expliquent la situation. Le gars ne parle vraiment pas fort mais elles ont compris un genre de phrase comme « Ben criss… si c’est ça qu’il veut…». Mais c’était très doux… pareil comme une pierre de curling sur la glace. Je me mets l’index en-dessous de l’œil (droit ou gauche, je ne m’en souviens plus) pour signifier que je veux le visiter. Les filles demandent au gars de m’accompagner… Je comprends que ce n’est pas dans le même immeuble que là où nous sommes. On part et les filles crient en partant « On en a d’autres à tres centes de dolares ! » tellement elles sont certaines que ça ne rejoindra pas mes goûts …. Tellement dispendieux… vous savez…

Chu content d’avoir arrêté de fumer il y a trois ans…
C’était à peine à un coin de rue de notre endroit. Le monsieur pèse sur un piton en ouvrant la porte (pitono ou pitona en espagnol ? ). Il me dit quelque chose en espagnol. Je fais semblant de sourire comme si j’avais compris et que j’étais né à Madrid. On aurait dû m’avertir d’avance… J’aurais dû apporter un sapristi de gros drapeau du Québec pour le planter au sommet des marches que nous avons franchies. Le monde qui monte l’Éverest aurait probablement beaucoup de difficultés ici.

Le monsieur qui m’accompagnait, un fumeur dans la quarantaine, pompait de l’air tandis que, moi, je montais et je redescendais les marches en arrière de lui en attendant qu’il monte. Ça me réchauffait et ça ne l’humiliait pas puisque je faisais mon conditionnement à son insu.
Arrivé au sommet, il ouvre l’apart ; sobre, très propre (douche, toilette), plus propre qu’à l’hôtel. Télé, Internet Wi-Fi me dit-il… Ça ressemble à une chambre de retraite fermée avec chambre de bain privée en surplus. J’ai même été tenté de lui demander à quelle heure on pouvait visiter le prêtre. On retourne au bureau pour les papiers et le paiement.

Le paiement ne se fait pas au rez-de-chaussée, là où sont les jeunes filles qui m’ont accueilli la première fois. Cette fois-ci, elles ne me regardent même pas. On dirait qu’elles me considèrent comme le Vieux Pourri de Liberace qui a juste des bagues en plastique dans les doigts.
Après tout, je suis un vrai étudiant : j’étudie dans « Le Grand Livre du Monde » comme disait Descartes et comme je le répète souvent à nos invités pour leur donner le tarif d’étudiant dans les croisières aux baleines même s’ils ont 82 ans.

Nous franchissons à nouveau quelques marches…Heu… Pas l’Everest cette fois-ci mais le Mont Blanc. On était rouge à l’escalader. Commencez-vous à comprendre pourquoi les jeunes dames Argentines sont minces : elles font leur « work out » dans les escaliers au moins quatre fois par jour. C’est probablement de là que vient justement l’expression « work out ». Elles doivent prendre l’escalier pour sortir de leur travail.

On me présente le comptable sur qui on peut compter, semble-t-il. Dépôt de garantie de 300 $ et paiement de 155 $ demandés là, là. J’avais le 300 $ de dépôt mais il me manquait 40 $ pour faire la somme de 155 $. J’offre de payer avec des chèques de voyage… Réponse : pesos ou dolares seulement… Ça va bien…
Je leur dis que je vais aller à la banque. Juste pour la trouver, ça m’a pris 30 minutes. Ensuite, je suis chanceux, j’accède tout de suite au guichet. J’essaie une carte : niet. J’essaie une autre carte : niet. Je décide d’aller au comptoir : 30 personnes me devancent, trois caissiers.

Comme au Québec, il y en a un dans la maudite gang qui décide d’aller dîner. Tu parles d’une heure pour dîner. Il était juste midi et demi.
Environ 30 minutes plus tard, j’arrive devant la commis et je lui explique que ma carte ne fonctionne pas. J’espérais qu’il arriverait la même chose qu’au Roupillon parfois : nos amis français ont plus de veine au comptoir qu’au guichet. Elle me baragouine quelque chose que je ne comprends pas ; on dirait qu’elle a mis sa cassette à fastforward elle aussi. Criss que je ne comprends pas ! Bon je décide d’aller dans le guichet d’une autre banque : elles affichent toutes Cirrus, la première avait peut-être un virus. Niet…niet…niet… Je marche et je tente de réfléchir. Environ une heure à une heure et demie s’est déjà écoulée, j’entends une maudite bombe. Téléportation à Jérusalem ? ou Beyrouth ? ou Baghdad ?

Un beau petit camion pour Noël








Un tout petit camion (j’espère qu’ils en font des modèles réduits pour les cadeaux des enfants à Noël) se stationne à côté de moi dans une position « Wait and Shoot ». Je vais voir un peu plus loin : l’avenue est bloquée avec beaucoup de taxis. J’espère que leurs compteurs ne fonctionnaient pas.








Ah ! c’était pour une parade…..syndicale… Voyez le petit film présenté ici…. Je crois que la CSN et la FTQ devraient toujours avoir des tambours comme ça. On veut entendre du rythme dans une parade pas des sapristi de slogans… Ici ils l’ont l’affaire. Environ une à deux fois par mois minimum.


Voici les amis taxis qui se regroupent:



Conflit entre les super puissances…

Même si généralement on recommande d’être dans la parade plutôt que d’en être un vil spectateur, j’ai crû bon m’en éloigner parce que j’aurais été vil d’y être resté. Il ne me fallait pas oublier que j’étais au Pays de l’Argent et qu’il m’en fallait… J’étais un chercheur d’argent… Ça ressemble pas mal au Klondike. Habillé comme j’étais, ça avait du sens. Ah ! j’aperçois la Banque Nationale de Paris… Yé… Elle est Cirrus et ça va probablement parler français. Je vais au guichet : niet pour la carte… et il ne parle pas français. J’attend pour le comptoir… Deux personnes à peine me précèdent. Même si je n’obtiens pas d’argent de cette banque, j’aurai eu la conviction d’avoir gagné à la loterie aujourd’hui : une si petite fille d’attente.

Je prends la précaution de sortir mes chèques de voyage si mes cartes ne sont pas acceptées au comptoir. La dame m’accueille et me dit que mes cartes ne sont pas recevables. Pour les chèques de voyage, elle me réfère ailleurs que je ne comprends pas. Elle était elle aussi sur le fastforward.
Je sors de là.

Au moins deux heures et demi se sont écoulées. Il me reste environ deux heures pour faire quoi que ce soit avant que les bureaux ne ferment. Cette société a déjà mon 300 $ Cd en dépôt… Et je veux dormir à leur apart…

J'ai une sapristi d'envie de pisser. Je vois le très chic Hôtel Intercontinental juste devant la BNP. Je me dis que sûrement ils m'ouvriront les portes, attriqué comme je suis. incidemment, je ne vous ai pas dit que l'hôtel pouilleux où j'étais possédait deux barrières avec caméra pour vous autoriser ou non à entrée. Je crois que Déborah et moi allons installer la même chose pour la prochaine saison ...

Je ne m'étais pas trompé : le portier avec chapeau haut de forme m'ouvre tout grand les portes. Il était lui-même tout grand sinon ça n'aurait pas fait sérieux. Plutôt burlesque pour les cirques s'il avait été petit. Je me demande quand ils l'ont embaûché s'ils avaient le chapeau haut de forme en tête.

Devinez quoi... Je suis allé pisser. Je me promenais comme si j'étais une femme top model. Tout le monde me regardait comme si j'étais plus riche que ceux et celles qui demeurent là. Si ils avaient su que ma semaine me coûterait moins cher que leur journée, qu'il me restait juste 20 $ dans mes poches et que je savais plus où je pourrais avoir plus d'argent.

Je comprends maintenant les belles femmes : elles se sentent au maximum de leur gloire lorsqu'elles sont jeunes et belles. Et, parfois, cette impression leur donne beaucoup d'orgueil à en abuser même. Souventes fois, elles ne se rendent même pas compte de leur attitude sur le moment. Mais lorsque les pétales commenceront à tomber, leur souffrance sera en directe relation avec l'orgueil développé. C'est là qu'elles s'en rendront compte.

J'aurai beaucoup de commentaires concernant le paragraphe plus haut. Je sais mais je ne réponds pas aux pharaonnes actuelles ni aux pharaonnes déchues.

J'aperçois une jolie blonde (serait-elle pharaonne, elle aussi?) avec un écouteur dans l'oreille et toute de bleu marine vêtue. Je me suis dit qu'elle devait écouter Led Zeppelin et j'étais gêné de la déranger. Je lui demande à tout hasard, comme un quêteux endimanché, si je pouvais changer des travelers checks. Elle me dit oui au comptoir d'accueil.

Elle avait dit oui !...Elle n'avait pas fini sa réponse que j'étais déjà rendu au conmptoir avec mon passeport dans le front pour sécuriser le commis. Je ne voulais pas de question de sa part, je voulais de l'argent.

Il me demande pour combien. J'étais gêné de lui dire pour 1 500 $. C'est ce que j'avais sur moi. Je lui réponds pour 500 $. Il me dit qu'il ne peut pas. Le plus qu'il pouvait, c'était 100 $. Devinez ce que j'ai répondu ? Siiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !

Je signe vite mes deux maudits chèques de 50 $ et je lui remets. Il me demande mon numéro de chambre. Je lui dit que je n'ai pas de chambre et que c'est la fille qui écoute Led Zeppelin qui m'a dit de venir ici. J'ajoute que j'ai signé mes deux chèques de voyage et qu'il n'a pas le choix de me donner l'argent. Il me dit « Ok...Ok... but I can only give you 10 pesos at a time. » À coup de 3 $ (10 pesos) à la fois, il me donnerait mon 100 $ en pesos.J'ai été très magnanime avec lui. Je lui ai dit que j'acceptais ses petits inconvénients....câlissse....J'étais assez content.

Ouf... je pourrais enfin payer mon apart et m'y installer. Il était environ 16h30.

En me dirigeant vers l'entreprise qui me louait, juste à la sortie de l'Hôtel Intercontinental, je me trouve soudainement à Verdun en train de suivre une leçon de gang de rue (il y en a aussi à Tadoussac comme partout d'ailleurs) par Sabine Éléonore. Voyez la photo par vous-mêmes.



Sabine Éléonore m'a dit que ces espadrilles (disons «baskets» pour être compris) n'étaient pas là pour sécher. Ils signifient une délimitation de quartier pour un gang de rue. Nul autre gang ne peut franchir cette limite à défaut de quoi ils passeront à tabac (Player's peut-être). Plus souvent qu'autrement, ça pouvait même signifier qu'une mort avait eu lieu là. C'est depuis ce temps que je ne vais plus au de du pardon... Et qui dit pardon, dit Amour. Ça s'épanneur de ce côté de la rue.

N'empêche que je trouve cette photo révélatrice de notre temps : deux super puissances s'opposent : Intercontinental, la puissance de l'argent, et les espadrilles, la puissance émergente du petit monde de la rue. Je crois que ni l'un, ni l'autre va gagner. Ce qui va gagner, c'est la puissance de l'Amour ou de la Réconciliation si les termes vous fatiguent. Et qui dit Amour dit Pardon. Vous saurez me le dire. C'est la seule façon qu'ils ont trouvé en Afrique du Sud pour réconcilier les noirs qui se sont fait écoeurer par les riches Blancs pendant plus de 100 ans: UNE COMMISSION DU PARDON. On verra bien.

Je retourne donc au bureau de la société pour payer ma rente. On m'informe que le même guide retournera à l'appartement pour faire une description des biens et me la faire signer. Criss... on remonte l'Éverest encore une fois...

En sortant, je dis à mon guide de cordée qu'il faut que j'aille chercher mon sac à dos à l'hôtel et puis ensuite je pourrai le suivre.

DEVINETTE: qu'est-ce qu'il m'a répondu ?

1) Je t'attends
2) J'y vais et tu te débrouilleras
3) Je t'accompagne

Ceux et celles qui ont répondu le numéro 3 gagnent un sac à dos North Face d'une valeur de 3 $.

Ben oui ! Il m'a accompagné et puis il a pris mon sac à dos de deux tonnes pour l'apporter jusqu'au Mont Everest. Et ensuite, il a escaladé le Mont Everest avec !

DEVINETTE : combien vaut en pourboire (propina en pesos) un tel accompagnement sachant qu'il vous faut multiplier par trois pour obtenir votre équivalent en pesos.

3 $ (9 pesos) ? ou 2 $ (6 pesos) ? ou 1.5 $ (4 pesos) ?

Faut vous dire qu'il a marché l'équivalent de 1000 pieds (300 mètres) de l'hôtel à l'appart.

RÉPONSE: je lui ai donné 4 pesos puis il était bien content.

Après avoir payé ce que je devais, il me restait à peine 50 $ dans mes poches. Mais j'étais rassuré: j'avais un toit pour dormir. Il me fallait maintenant pourvoir à l'essentiel, à savoir le petit déjeunet de demain ainsi que les petites choses qui manquaient style papier de toilette, etc.

Mais je savais que la partie n'était pas terminée et qu'il me fallait continuer le lendemain à chercher de l'argent au PAYS DE L'ARGENT.

À suivre... demain... Je pense à tous ceux et celles qui me sont chèr(es) (en pesos il va s'en dire !). Buenas noces amigos !


2 commentaires:

Sabine a dit…

Ouin... je comprends ton désespoir pour les sapristis de banques....tu en auras un souvenir, surtout qu'ici c'était le jour du souvenir et que les banques étaient toutes fermées!! On aurait dit que tu avais prédit toutes tes mésaventures en intitulant ton blog: snorow au pays de l'argent...
Si je peux me permettre un commentaire taquin (parce que c'est pour ça que ça s'intitule un commentaire), très très intéressant lire!!! On se croirait à tes côtés!! Mais je sais de qui retenir maintenant quand je dis que j'ai trop de page!! AHAHAH!! Sabinette mémèrette qui t'aime fort et pense à toi tout le temps xxxxx

Anonyme a dit…

Tabarouette!!!! Ça tu du maudit bon sens ces banques là! Pourtant Cirrus est sensé marcher! Faut croire que même les guichets se méfient de tes cartes! hihihi

J'adore encore tes récits qui sont hyper détaillés! Je dois dire comme Sab... on se croirait à coté de toi! SAuf que fait chier, ON N'EST PAS avec toi... sinon, on en serait peut-être à boire un litre à 2.75$... ou plutot a chercher de l'argent pour boire un litre à 2.75!!!

Je pense à ça... Notre ami Stephane Raymond se marrie le 24 avec une fille de Buenos Aires. Pour l'instant, elle est encore à Buenos Aires. Si jamais t'as vraiment du mal à catcher marchent les esties de banque, je pourrais p-e lui demander!